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KADRA, DE L'ETHIOPIE A LA REUNION
« Faire découvrir mon pays »

Non, l'Ethiopie n'est pas un vaste désert ravagé par la famine. Kadra, qui vit à la Réunion depuis cinq ans, aimerait faire découvrir le pays où elle est née, ses 3000 ans d'histoire et la richesse de sa culture.

Beaucoup l'ont déjà croisée, sur les marchés de Saint-Pierre ou Saint-Paul, à l'entrée d'un concert ou d'un rassemblement rasta. Kadra vend des habits et produits artisanaux en provenance directe de son pays, l'Ethiopie.
L'Ethiopie, où elle retourne environ deux fois par an pour rendre visite à ses proches et s'approvisionner, mais qu'elle a quittée très jeune. Peu après sa naissance, « entre 1974 et 1976 », son père a été assassiné par les sbires du colonel Mengistu Hailé Maryam, qui à la tête d'une junte militaire venait de renverser l'empereur Hailé Sélassié.
Elle et le reste de sa famille ont dû s'exiler trois années en Somalie avant de pouvoir regagner clandestinement l'Ethiopie, sous un faux nom, spoliés de tous leurs biens. Une nouvelle ère s'est ouverte avec le régime de Mêles Zenawi, et les jours de Kadra se sont éclaircis.
A la suite d'une rencontre, elle part avec celui qui est devenu son compagnon et le père de sa fille Lisa (10 ans). Le couple commence à vendre de l'artisanat éthiopien en métropole, puis s'installe à la Réunion en 1998. L'affaire a pris de l'importance depuis 2002, avec la création de l'entreprise Moa-Ambassa Ze'em-negede Yehuda (« Lion conquérant de la tribu de ]uda »).

Six langues
L'objectif n'est pas simplement commercial, mais de faire découvrir l'Ethiopie, de développer les échanges, et de faire évoluer l'image que l'on en a : « Nombreux sont ceux qui pensent systématiquement à la famine, et à rien d'autre, alors que l'Ethiopie est riche de S 000 ans d'histoire et de culture.
« Les Ethiopiens, il est vrai, sont peu ouverts sur l'étranger. Ils n'ont jamais été envahis, et sont fiers de leur pays. Un des slogans de la révolution, d'ailleurs, était Ethiopia Tikdem : l'Ethiopie d'abord». Pour en finir avec cette méconnaissance réciproque, Kadra souhaiterait proposer, à partir du mois de janvier, des voyages touristiques organisés.

Bien des parallèles existent d'ailleurs entre la Réunion et l'Ethiopie, confie-t-elle après toutes ces années passées dans l'île. A commencer par la variété des paysages (« Certaines montagnes ressemblent au cirque de Cilaos»), des climats (« Non, l'Ethiopie n'est pas un pays désertique ! C'est une terre de contrastes. On en parle d'ailleurs comme des Alpes africaines ») et des populations, très métissées.
Plus de 90 ethnies sont présentes en Ethiopie, ainsi que diverses religions. Si sa ma- man était chrétienne, son père, lui, était musulman. lustration vivante de la richesse de son peuple, Kadra parle six langues (amharique, oromo, somalien, djiboutien, adré et français...).


«Enkutatash»
C'est en toutes ces langues qu'elle s'adresse aujourd'hui aux Ethiopiens de la Réunion (ils sont une cinquantaine), et à tous les Réunionnais, pour leur souhaiter une bonne année.
L'Ethiopie vient en effet de fêter Enkutatash, la nouvelle année. Le 11 septembre, les Ethiopiens ont célébré le premier jour de ce qui est, selon leur calendrier, l'année 1998.
K.B.

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